3ème, 4ème, 5ème, humour, récit de vie, roman

Mentine, 4. Seule à New York, de Jo Witek

Nous retrouvons avec un plaisir toujours renouvelé notre pétillante Mentine dans une nouvelle aventure. Cette fois-ci, ses parents veulent profiter d’un séjour en amoureux dans un ranch du Dakota pour fêter leurs 20 ans de mariage… L’excuse pour ne pas emmener Mentine avec eux : elle a peur des chevaux ! Alors, ils décident de l’inscrire à un stage linguistique à New-York durant ces quinze jours. Ainsi, ils partiront ensemble et ils se rejoindront à nouveau après leur escapade ! Mais il faut d’abord trouver à Mentine une famille d’accueil… Bien entendu, Mentine va écrire une lettre explosive à ses correspondants (lettre qui ouvre le roman) mais celle-ci n’est pas du tout du goût de sa mère qui va bien vite prendre les choses en main… C’est ainsi que notre chère Mentine se retrouvera hébergée dans l’Upper East Side, dans une somptueuse villa au sein d’une famille richissime où elle est… la punition de leur fille, la sublime Joyce,  14 ans, hautaine et futile… Car pour avoir la famille d’accueil idéale, la mère de Mentine a décrit sa fille comme une enfant studieuse, sage, disciplinée… Pourtant, sous des dehors lisses, la famille américaine est au bord de l’explosion. Mentine va-t-elle y trouver sa place ?

Un nouveau tome plein de péripéties et d’aventures, parfois bien entendu un peu fantaisistes et tirées par les cheveux, mais on se prend au jeu. Mentine est une adolescente tellement pleine de vie et d’humour, avec son regard d’enfant intellectuellement précoce qui la met toujours dans des situations en décalage avec son âge… On adhère, même si son quotidien d’enfant unique dans une famille aisée parisienne ne parlera pas forcément à nos élèves. On se laisse emporter par ce tourbillon de vie pour passer un petit moment délicieux qui redonne la pêche au lecteur. C’est bourré d’énergie et d’optimisme. Heureusement que la grand-mère veille sur sa famille pour y apporter sa sagesse ! La rencontre cocasse avec Woody Allen, réalisateur américain (au demeurant sans rapport aucun avec l’actualité) est un petit moment d’anthologie. A lire sans hésitation pour les fans de la série… plutôt des filles, d’ailleurs !

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3ème, 4ème, 5ème, 6ème, CM2, policier, roman, suspens

Fenêtre sur cour

Une incroyable histoire, de William Irish

Afficher l'image d'origineNew York, années 50. La vie de jeune Buddy, 12 ans, n’est pas des plus joyeuses : il vit dans un deux pièces sordide d’un quartier populaire de la ville avec des parents assez durs, dont l’un travaille la nuit tandis que l’autre travaille le jour. Pour échapper à ce triste quotidien, il aime s’inventer des histoires. Et son père ne supporte pas ça : « Ah ! Ça nous en promet pour plus tard ! […] Ce garçon a certainement quelque chose de détraqué. Et il faut que ce soit mon fils ! Je ne sais pas de qui il peut tenir. Pas de moi, ni de toi, en tout cas ! Mais je lui ferai passer le goût de raconter des mensonges, même si c’est la dernière chose que je doive faire en ce monde ! ». Alors, lorsque Buddy est témoin d’un meurtre dans l’appartement de ses voisins, personne ne le croit, et on lui inflige une sacrée correction… Pourtant, sa vie est menacée, il est un témoin bien trop gênant !
Ce petit roman policier m’a été conseillé par des élèves de 6ème de mon collège qui l’ont lu en CM2 et avaient vraiment beaucoup aimé. Et je comprends pourquoi. Je l’ai lu d’une traite. Impossible de décrocher. Le suspens est garanti, l’histoire sans temps mort, avec un nombre de pages pas trop importante pour ne pas effrayer les plus faibles de nos lecteurs. Ecrit par un grand maître du roman policier, ce livre fait partie de la sélection du Ministère de l’Education nationale pour le cycle 3 mais peut être lu bien après, même pour des 4ème-3ème réfractaires à la lecture. William Irish a écrit de nombreux romans portés à l’écran par de grands cinéastes -La sirène du Mississipi, La mariée était en noir, J’ai épousé une ombre. Mais c’est surtout à Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock qu’on pense ici car le point de départ de l’histoire est un peu le même (une histoire de meurtre dans un appartement et un voisin curieux). Je tiens toutefois à signaler qu’il s’agit ici d’un vrai policier écrit par un auteur de littérature adulte, avec de vrais morts, de la violence suggérée, etc.  certains lecteurs plus sensibles que d’autres pourraient être un peu choqués ou apeurés. Personnellement, je ne l’aurai pas conseillé avant la fin de 6ème… mais tous les élèves sont unanimes pour dire qu’il leur a beaucoup plu dès le CM2, et il est sur la liste de lecture du primaire, alors… je suppose que c’est moi qui suis vieux jeu !

3ème, 4ème, adultes, heroic fantasy, lycée, roman

Oiseau de feu

The Girl at Midnight, 1. De plumes et de feu, de Melissa Grey.

L’Ala est une Avicen. Cet ancien peuple, mi-homme mi-oiseau vivant caché sous le sol de New York, a la particularité est d’être couvert de plumes. Alors qu’une nuit l’Ala se promène dans les méandres d’une bibliothèque, elle est surprise par une petite fille, Echo, pickpocket ayant élu domicile ici. Elle la recueille au milieu de son peuple et lui offre les mêmes possibilités qu’eux : voyager à travers le temps et l’espace grâce à une poudre magique. Dix ans ont passé. Un jour, pour son anniversaire, Echo, jeune femme alors âgée de 17 ans, offre à l’Ala une boîte à musique magique qu’elle a dérobée à un sorcier. A l’intérieur, elles découvrent une carte, dont l’Ala connaît l’auteur. Elle fait resurgir la légende de l’oiseau de feu, qui selon la prophétie serait seul capable de mettre fin au conflit avec les Drakharins, peuple mi-homme mi-dragon couvert d’écailles. Echo accepte la mission que lui confie l’Ala de retrouver l’oiseau de feu, mais elle n’est pas seule à le convoiter. Les Drakharins aussi souhaitent s’en accaparer le pouvoir puisque « la nature du cessez-le-feu dépendra de celui qui contrôlera l’oiseau. ». Une course haletante et pleine de danger s’engage alors.

La couverture du livre, assez réussie, donne envie de se plonger dans cette série. Le contexte est extrêmement riche et il est donc nécessaire de prendre le temps de poser le décor pour bien comprendre. Ces deux peuples mi-hommes mi-oiseaux et mi-hommes mi-dragons sont très poétiques dans leur concept – la mythologie tient une grande place dans l’histoire- mais les personnages en deviennent difficiles à imaginer. L’oiseau de feu dont il est question, très présent dans les contes russes, fait appel à la mythologie slave, oiseau légendaire qui peut tout aussi bien être bénéfique ou maléfique pour celui qui le possède. Les péripéties s’enchaînent à toute allure, les relations se nouent et se dénouent, les retournements de situation sont fréquents et le rebondissement final inattendu… Il est intéressant de suivre les aventures de ces peuples à la fois à travers les yeux des Avicens, d’une humaine et des Drakharins via le beau personnage de Caïus, leur jeune prince de 250 ans. Hélas, je n’ai pas vraiment réussi à m’attacher au personnage d’Echo et je n’aimais pas toujours le ton humoristique des dialogues qui faisait un peu trop penser aux scènes critiques des films d’action à l’américaine (« quelle tête de mules, ces jeunots ! grommela l’Oracle » «  serais-tu surpris d’apprendre que c’est la première fois que je reçois un coup d’épée », …). Peut-être aussi l’écriture n’était-elle pas à la hauteur de l’histoire, car la construction complexe du récit était parfois difficile à suivre…J’ai donc eu un peu de mal à entrer dans l’histoire, mais passé le premier tiers, on se laisse quand même happé par le récit de cette guerre ancestrale et sans merci qui laissera bien des plumes et par cette quête d’oiseau magique.
N’étant pas une grande adepte du genre heroic fantasy, je laisse maintenant la parole à nos lecteurs via les commentaires afin d’instaurer le débat car ce premier tome a plutôt reçu de bonnes critiques sur Internet.
Ce premier tome de cette nouvelle saga « jeune- adulte »nous a gentiment été offert par les éditions Pocket jeunesse.

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3ème, adultes, lycée, roman

Planète radioactive

En 500 ans, notre planète a totalement changé. Les hommes sont retournés dans un état primitif et vivent comme des hommes préhistoriques. La tribu de Thôz – le chef – vit dans l’ancienne mer des Caraïbes, asséchée, au milieu des squelettes de baleine, entre la chaîne Cuba au Nord, les monts Haït à l’Est et le massif Jamaï. Dans la tribu se trouve l’enfant noir, mis à l’écart à cause de sa différence. Un jour, le Vieux Sage, Celui-qui-sait-tout, « parti vers la ville des Dieux », Santiag. A son retour, l’enfant noir devra être sacrifié. Mais il ne revient pas. L’enfant noir suit alors ses traces et le retrouve dans les ruines de la ville abandonnée. Mort. L’enfant noir décide alors de prendre sa place et de devenir Le Vieux Sage, en mangeant sa cervelle. Mais pendant son absence, le feu a fait rage près du campement de la tribu qui a été obligée de fuir. L’enfant noir part alors à sa recherche, accompagné d’un ours. Puis, la tribu décide de se lancer dans un périple de plusieurs mois pour rejoindre l’immense ville abandonnée de Niourk.
Ce roman de Stefan Wul est devenu un classique de la littérature de science-fiction. Je l’ai lu il y a environ deux ans, et lorsqu’un élève de 3ème m’a demandé si la chronique était sur le blog – il l’a commencé mais n’a pas réussi à le terminer- , je lui ai proposé de la faire… Je pensais que je pourrais faire cela vite fait avec mes souvenirs, mais en le refeuilletant, je me suis rendu compte qu’il était plus riche que ce que mes souvenirs me laissaient. Il a donc fallu que je le relise. Et j’avoue avoir mis un certain temps. Le style est simple mais assez froid. Le but de l’écrivain n’est donc pas que l’on s’attache à tel ou tel personnage. D’ailleurs l’enfant noir évolue sans nom tout au long du récit et les personnages parlent d’eux-mêmes à la troisième personne ce qui met entre eux et le lecteur une certaine distance. C’est la situation en tant que telle qui est intéressante, faite de nombreux non-dits. Les Hommes ont détruit la planète et vivent désormais comme des hommes préhistoriques se nourrissant grâce à la chasse, et devant combattre des monstres – poulpes mutants suite à la pollution radioactive. La ville de Niourk est celle de New York et les Dieux sont les personnages représentés sur les nombreux panneaux publicitaires qui restent dans les villes fantômes abandonnées par les hommes « civilisés » de la société de consommation quelques siècles plus tôt.
Ce livre n’est pas de celui qu’on dévore et qu’on ne peut lâcher, surtout à la deuxième lecture. J’avoue avoir eu du mal à le finir la deuxième fois. Pourtant, lorsqu’on le referme, il reste une impression très profonde et une sorte de malaise. Les thématiques sont très riches : les dangers du nucléaire et de la pollution radioactive (publié en 1957, l’auteur devait avoir en mémoire le drame du bombardement atomique d’Hiroshima. Il préfigure aussi les catastrophes nucléaires de Tchernobyl et Fukushima et leurs conséquences). La mer s’est asséchée, les espèces ont évolué en monstres. La place et le pouvoir de la consommation dans la société actuelle, Le personnage de l’enfant noir, quant à lui, évoque le passé des Caraïbes comme terre d’esclavage. Atavisme de la population noire ayant vécu sur ces îles des siècles plus tôt.
Proposé en lecture dès 11 ans sur la quatrième de couverture, je conseille néanmoins ce livre qu’à partir de la 3ème, et pour lecteurs avertis. Assez long, dense, fait de très nombreux non-dits, il ne se lit pas forcément facilement. De plus certains passages sont assez violents et « glauques » : lorsque l’enfant noir mange la cervelle du Vieux, lorsqu’un bébé de la tribu est emporté par le courant alors qu’il se trouvait dans les bras de sa mère, lorsque les poulpes attaquent la tribu, les attachent et les choisissent lentement pour les dévorer sous les yeux de leurs compagnons !

Le CDI possède également la bande dessinée d’Olivier Vatine, abordable dès la 5ème.