5ème, 6ème, CM2, fantastique, historique, récit de vie, roman

La balafre, de Jean-Claude Mourlevat

Apparitions…

Résultat de recherche d'images pour "la balafre"Olivier doit quitter son quotidien pour 10 mois suite à une mutation de son père. La petite famille se retrouve dans un hameau perdu. Un soir, alors qu’il se promène seul dans la rue, un chien se jette avec une rare violence sur la grille intérieure d’une maison abandonnée, en aboyant. Olivier, tremblant,  court se réfugier chez lui. Mais à la maison, aucun de ses parents n’a rien vu, ni entendu… Comment cela est-il possible ? Pour en avoir le coeur net, il décide de rester un week-end seul à la maison, alors que ses parents sont en déplacement… De retour d’une promenade à vélo, le chien réapparaît devant lui, bientôt accompagné d’une fillette de 4 ans… Ceux-ci se volatilisent sous ses yeux. Toutes ces images le hantent, il ne comprend pas ce qui lui arrive, ses résultats scolaires chutent, son moral bascule… Il ne ressortira pas indemne de toute cette histoire, et sera marqué à vie, littéralement, une balafre traversant son visage, témoin de ces événements.

Comme d’habitude, Jean-Claude Mourlevat nous dresse là, avec son merveilleux talent de conteur, une histoire prenante, à la chute inattendue, à la lisière du fantastique, du roman historique et policier. Même si la couverture a un peu vieilli, le texte, lui, n’a pas pris une ride, c’est là qu’on sait quand on a affaire à un grand écrivain ! L’intrigue ne nous lâche pas, les visions et les questionnements du jeune garçon, l’introduction qui nous dévoile déjà le drame qui préfigure, symbolisé par la cicatrice, font que ce court roman, très accessible et très bien construit, nous hante nous-même longtemps. Un roman où le fantastique se mêle à l’Histoire, celle de la Seconde Guerre mondiale, de la Résistance, de la collaboration, des délations, des Juifs, des déportations. Un roman à lire sans hésitation, proposé dès 10 ans, mais que je suggèrerai plutôt à partir de 12 ans. Et surtout, ensuite, découvrez tous les autres livres que le CDI possède du même auteur : La rivière à l’envers (1. Tomek – 2. Hannah), Le combat d’hiver, L’enfant océan, Le Chagrin du roi mort

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3ème, 4ème, lycée, récit de vie, roman

Un lapin peut changer une vie – on ne le dit pas assez !, de Sandrine Kao

Et si on changeait de vie ?

Dans la famille Ribout, rien ne va plus. Paul, le père, a démissionné de son travail de graphiste et personne ne sait ce qu’il fait de ses journées ; Alicia, la fille cadette, première de la classe a été changée de place pour se retrouver à côté de Keja, une fille du voyage qui a des poux ; Agathe, la fille aînée,  tombe amoureuse d’un inconnu alors qu’elle se produit sur scène avec son groupe de musique, et cela va révolutionner sa vie ; quant à Emmanuelle, la mère, elle n’arrive plus à signer aucun contrat en tant qu’illustratrice… Dépassée, démodée…elle occupe ses journées à tenir son blog culinaire, à dessiner des plats et à inventer des recettes qu’elle n’a pas les moyens de cuisiner. Et bien sûr, sans revenus, la famille est au bord du goufre ! Tous leurs repères se brisent, le quotidien est totalement chamboulé… mais finalement, est-ce si dramatique ? La vie n’est-elle pas faites de chemins qui arpentent des lieux parfois clairs, parfois sombres, parfois vides et parfois luxuriants. Tant qu’on est en vie, tout est possible !

Et le lapin, dans tout ça ? Un petit effet d’écriture qui trace un lien ténu entre tous les personnages de cette histoire familiale qui est en train de remettre en cause ses acquis. Le titre et la couverture du livre ne reflètent pas tant que ça la réalité du roman. C’est plus un accessoire qui pimente un peu le récit mais qui pourrait tout à fait être enlevé sans que cela ne change rien… D’ailleurs, notre lapin Django n’apparaît qu’au milieu du récit, même si avant l’importance de l’animal dans la vie de cette famille est évoquée. Pour ma part, cet artifice n’était finalement pas nécessaire, mais cela n’engage que moi…

Un récit joyeux, positif, sur le thème des grands bouleversements dont on peut avoir peur dans la vie mais qui sont parfois la meilleure façon de rebondir et continuer à aller de l’avant. Un récit à plusieurs voix, sur fond de musique jazz qui aborde en même temps que les relations familiales, le thème plus grave des sans-papiers, des gens du voyage et des préjugés. Un roman qui se lit comme un roman, en dépassant notre besoin de rationalité et de cohérence…et en acceptant la facilité des situations, surtout pour le final.

3ème, 4ème, lycée, récit de vie, roman

Libérez l’ours en vous, de Carole Trébor

Kolia, lycéen entrant en classe de 1ère L, a quitté sa Russie natale huit ans auparavant avec sa petite soeur, son père et sa belle-mère qui a imposé ce choix de vie à toute la famille. Sa mère était décédée dans un accident… Et il y a laissé là-bas un être qui lui était très cher : sa grand-mère, décédée d’un cancer voilà 4 ans… Maintenant, il vit en Ardèche. Tous ces événements de sa vie l’ont particulièrement marqué et l’ont rendu sensible et à fleur de peau.. Ses relations avec son père et sa belle-mère sont très conflictuelles et la seule chose qui lui permet de garder pied  est le club de théâtre du lycée dont il fait partie depuis longtemps avec ses amis Lisa, Cyril, Olivier, Natacha et les autres et qui est tenu par Patricia Valente, une professeur de français passionnée. Pourtant, en cette veille de rentrée, leur petit monde va s’écrouler : le groupe d’adolescents vient de recevoir un mail de leur professeur adorée : une grave maladie l’empêche de reprendre les cours à la rentrée. Elle en a au moins pour 6 mois de traitement mais ne veut pas les abandonner car ils avaient prévu de faire participer leur troupe au concours lycéen. Alors, elle a demandé au surveillant, Christophe, élève à l’école dramatique, de prendre le relais de club durant son absence et de monter Les Justes de Camus. Mais le projet va être bousculé. Le mari de Patricia leur propose de monter, en secret,  la pièce semi-autobiographique que Patricia a écrite : Merci l’ours… Il va falloir être prudent pour qu’elle ne se rende compte de rien, elle qui prend si souvent des nouvelles d’eux et de leur avancée dans la mise en scène de la pièce prévue.

Un roman sur des adolescents menant leur passion envers et contre tout, mais aussi un roman sur les relations familiales, souvent difficiles avec les parents mais privilégiées avec les petites soeurs, un roman sur la transmission, l’amitié, l’amour, l’exil.  Pour les passionnés de théâtre.

Et un grand merci à Carole Trébor pour sa dédicace !

3ème, 4ème, 5ème, 6ème, album, historique

Le grand départ : sur la piste des Indiens Cherokees, de Isabelle Wlodarczyk et Xavière Broncard

Exode…

Amarok et Chilala sont frère et soeur. Ils sont Indiens Cherokees, vivent au 19e siècle et vont assister, impuissants à des moments bouleversants de l’Histoire de leur tribu. En effet, des Hommes Blancs arrivent et s’installent. Peu à peu, ils occupent des terres, proposent aux Indiens des maisons, leur apprennent l’alphabet… Jusqu’au jour où une loi d’expulsion est votée, obligeant les Indiens à l’exode… Chacun vit ces événements d’un point de vue différent, la soeur dans l’acceptation, le frère dans la rébellion.

Un petit album à couverture souple qui laisse une large place à l’illustration avec un texte aéré. Un texte émouvant et poétique, qui en quelques pages dresse un aperçu poignant sur cette période sombre de l’Histoire des Indiens Cherokees d’Amérique et la souffrance d’un peuple chassé de ses propres terres. Une fratrie déchirée par un enjeu qui les dépasse.

Tout un dossier pédagogique instructif suit le texte pour apporter un éclairage plus détaillé sur ces événements et leur déroulement. Seul petit bémol peut-être : le dossier documentaire n’est pas adapté aux lecteurs les plus jeunes à qui l’histoire est destinée, mais plutôt à des élèves à partir de 4e jusqu’à l’âge adulte.

3ème, 4ème, 5ème, humour, récit de vie, roman

Mentine, 4. Seule à New York, de Jo Witek

Nous retrouvons avec un plaisir toujours renouvelé notre pétillante Mentine dans une nouvelle aventure. Cette fois-ci, ses parents veulent profiter d’un séjour en amoureux dans un ranch du Dakota pour fêter leurs 20 ans de mariage… L’excuse pour ne pas emmener Mentine avec eux : elle a peur des chevaux ! Alors, ils décident de l’inscrire à un stage linguistique à New-York durant ces quinze jours. Ainsi, ils partiront ensemble et ils se rejoindront à nouveau après leur escapade ! Mais il faut d’abord trouver à Mentine une famille d’accueil… Bien entendu, Mentine va écrire une lettre explosive à ses correspondants (lettre qui ouvre le roman) mais celle-ci n’est pas du tout du goût de sa mère qui va bien vite prendre les choses en main… C’est ainsi que notre chère Mentine se retrouvera hébergée dans l’Upper East Side, dans une somptueuse villa au sein d’une famille richissime où elle est… la punition de leur fille, la sublime Joyce,  14 ans, hautaine et futile… Car pour avoir la famille d’accueil idéale, la mère de Mentine a décrit sa fille comme une enfant studieuse, sage, disciplinée… Pourtant, sous des dehors lisses, la famille américaine est au bord de l’explosion. Mentine va-t-elle y trouver sa place ?

Un nouveau tome plein de péripéties et d’aventures, parfois bien entendu un peu fantaisistes et tirées par les cheveux, mais on se prend au jeu. Mentine est une adolescente tellement pleine de vie et d’humour, avec son regard d’enfant intellectuellement précoce qui la met toujours dans des situations en décalage avec son âge… On adhère, même si son quotidien d’enfant unique dans une famille aisée parisienne ne parlera pas forcément à nos élèves. On se laisse emporter par ce tourbillon de vie pour passer un petit moment délicieux qui redonne la pêche au lecteur. C’est bourré d’énergie et d’optimisme. Heureusement que la grand-mère veille sur sa famille pour y apporter sa sagesse ! La rencontre cocasse avec Woody Allen, réalisateur américain (au demeurant sans rapport aucun avec l’actualité) est un petit moment d’anthologie. A lire sans hésitation pour les fans de la série… plutôt des filles, d’ailleurs !

6ème, album, CM2, fantastique, récit de vie

Prendre son envol

Remue-ménage chez Madame K, de Wolf Erlbruch

Madame K est quelqu’un de très soucieux. elle se tracasse, elle s’inquiète de tout. Son mari l’observe sans rien dire, mais sans rien faire non plus. Il se contente de répéter sans cesse : « fais ce que tu dois faire, femme ». Un jour, Madame K, elle trouve un oiseau blessé. Elle va enfin s’inquiéter pour une bonne raison… Elle décide de le soigner puis de lui apprendre à voler… Ce ne sera pas sans difficulté, mais ce sera aussi l’occasion pour madame K de prendre son propre envol.

Un superbe album aux illustrations atypiques qui donnent toute sa profondeur au récit. Alors que Madame K s’active à faire le ménage, le repassage et toute autre tâche ménagère pour vaincre son angoisse de la vie, elle va découvrir un sens à celle-ci en aidant un oiseau blessé. Le récit glisse peu à peu vers le fantastique car madame K prendra son envol au sens littéral du terme. Puis on redescendra sur terre avec un monsieur K qui va laisser sa femme s’émanciper pour prendre gentiment sa place dans les tâches du quotidien. Un album symbolique au sens profond.

 

6ème, CM2, conte

Une histoire de dragons, d’Edvin Sugarev – ill. Sylvie Kramer

Une histoire de dragons, d’Edvin Sugarev – ill. Sylvie Kramer

Réveiller le dragon qui sommeille en nous…

Une histoire de dragonsLorsque Vlad n’obéit pas, sa famile le menace de l’arrivée d’un dragon qui l’emmènera…

-Papi, pourquoi le dragon ne veut venir que dans ma maison, alors qu’il y a plein  d’enfants chez qui il pourrait aller ? demanda Vlad un jour.

Papi caressa sa barbe et répondit :

– Non, mon petit, il ne veut pas venir seulement dans ta maison. En vérité, chaque enfant a son propre dragon qui vient le voir à chaque fois qu’il se montre désobéissant.

Alors, Vlad devint sage et obéissant. Il arrêta de sauter dans les flaques d’eau, il se coucha à l’heure… Mais un jour, sous un buisson, Vlad découvre une petite créature, chétive, triste, maladive… Son dragon va vraiment mal…

Nous, les dragons, il n’y a que les bêtises des enfants qui nous font vivre. Plus l’enfant fait de bêtises et désobéit, plus son dragon croît et embellit. Ah ! si seulement tu avais été vif et entêté, je serai devenu énorme et ailé […]

Un conte bulgare superbe, idéal pour dédramatiser les bêtises des enfants. Car, en fait, la plupart d’entres elles sont sans conséquences et permettent juste de se sentir libre et soi-même. Les illustrations reflètent parfaitement cet univers merveilleux dans lequel évolue Vlad et son dragon… à l’insu de sa famille, naturellement ! Famille représentée de manière finalement bien plus monstrueuse que notre gentil dragon. Mais elle, y croit-elle seulement, à ce dragon ?

Ce petit livre à couverture souple, de la taille d’un catalogue d’éditeur (je dis ça car je viens de le découvrir au milieu des catalogues ramenés par mes élèves du Salon du livre de jeunesse de Montreuil parmi lesquels il était passé inaperçu jusqu’à hier !) est publié par une petite maison d’édition ELITCHKA, créée en décembre 2013, spécialisée dans la publication de contes et nouvelles d’auteurs bulgares. Une très jolie découverte et un grand merci à eux pour cet exemplaire spécialement dédicacé pour nous par le traducteur, Eli.